Milan, la jupe et le vertige — Carnet de Fashion Week printemps-été 2027
Dernière mise à jour : 13 oct.
Milan ne crie pas. Milan affirme.
Avant Paris, l'Italie a parlé la première. Et cette saison, elle a parlé fort.
Le décor
Du 22 au 28 septembre 2026, Milan a dévoilé les collections femme printemps-été 2027. Plus de deux cents rendez-vous, dont une soixantaine de défilés et 88 présentations. Une semaine dense. Une ville entière en tenue de scène.

La Galleria Vittorio Emanuele II — photo Panos Tsilivis / Unsplash
Le 22 septembre, Vogue World: Milano a investi la Galleria Vittorio Emanuele II pour faire dialoguer artisanat et technologie.
Prada ouvre le bal. Avec une jupe.
Une seule pièce. Toute une collection.
À la Fondazione Prada, Miuccia Prada et Raf Simons ont construit leur défilé entier autour de la jupe : portefeuille fendue très haut, plissée et transparente dans des pastels passés, brodée de fleurs en strass. Soixante-quatre silhouettes, pas un seul pantalon.
Ce n'est pas une tendance. C'est une question.
Pour Miuccia Prada, on n'est jamais une seule chose : ni seulement féminine, ni seulement sexy, ni seulement masculine. On est tout cela à la fois.
La critique salue l'un des défilés les plus réussis de la maison depuis des années. D'autres restent de marbre. Tant mieux. Une mode qui fait l'unanimité ne dit rien.
Les chaises musicales
Milan change de visages.
Versace : absente cette saison, en attendant la première collection de Pieter Mulier.
Diesel : la dernière collection signée Glenn Martens, qui se consacre désormais à Maison Margiela.
Etro : un premier défilé après le départ soudain de Marco De Vincenzo.
Emporio Armani : la dernière collection de Silvana Armani et Leo Dell'Orco pour la ligne, avant l'arrivée de Dario Vitale à l'automne-hiver 2027.
Journal de bord : le deuxième jour
Fendi danse.
Pour sa deuxième collection chez Fendi, Maria Grazia Chiuri lâche prise. Nuisettes, combishorts en dentelle, robes vaporeuses, imprimés animaliers. Un parfum d'années 70, des foulards, des sacs à franges. Et Raffaella Carrà en bande-son. La créatrice revendique un retour au corps, face à une mode qu'elle juge obsédée par la marque. Dehors, des militants anti-fourrure manifestaient.
Jil Sander respire.
Simone Bellotti poursuit sa lecture de la maison : sobre, fonctionnelle. Des vestes grises, strictes, aux épaules larges, mais longues et confortables. Autour du gris, des accords inattendus : jaune beurre, rose saturé, lilas, bleu Klein. Le message de la maison ? L'uniforme devient vulnérable. Et la vulnérabilité devient un uniforme.
Antonio Marras rassemble.
Des mannequins de tous les âges, un terrain de basket couvert de tapis, puis une danse autour d'une table de mariage. L'idée : le lendemain de la fête, encore en tenue de soirée, le sel de la mer sur la peau.
Journal de bord : jusqu'au final
Moschino débarque sur Mars.
Seuls vrais débuts de la semaine : Simone Rizzo et Loris Messina, fondateurs de Sunnei. Leur défilé, « Aristocrats on Mars », se tenait sur le toit d'un parking. Plus de 400 amis, photographes et invités marchaient à contresens des mannequins. Des carreaux, des volumes architecturaux, des basiques détournés. L'humour Moschino retrouve un propos.
Bottega Veneta change de saison.
Pour sa troisième collection, Louise Trotter explore le passage de l'hiver à l'été : le cuir rencontre la dentelle, les franges, le crochet. Les silhouettes s'allègent.
Loro Piana couvre les têtes.
Dans la bibliothèque Braidense, presque chaque silhouette portait un chapeau : bob, bonnet, coiffe drapée, casquette.
Giorgio Armani referme la semaine.
Dimanche, Silvana Armani a signé « Evolution » : du jour fluide, de la nuit liquide, smokings-robes et bustiers métalliques. Et deux hommages au fondateur : la reconstitution de son costume de première communion, une veste portant son portrait. Comme une signature.
Ce que Milan nous laisse
Le soutien-gorge porté comme un top, vu chez Prada puis chez Fendi. Le dessous devient dessus.
Une énergie de diva assumée, de Fendi à Armani.
Des pièces familières, chemise, tailleur, manteau de cuir, démontées puis allégées.
Milan hors les murs
La mode ne vit pas que sur les podiums. Jusqu'au 31 janvier 2027, le Palazzo Reale accueille « Dalí et la mode ». Si tu passes par Milan cet automne, c'est l'escale à ne pas manquer.
Le regard ODY
Prada ne nous dit pas « portez des jupes ». Fendi ne nous dit pas « montrez votre lingerie ». Ils nous disent : une pièce peut contenir mille femmes.
Alors ouvre ton placard. Choisis une pièce. Une seule. Et demande-toi combien de toi elle peut raconter.
La suite de l'odyssée ? Paris a pris le relais. Première escale : Dior.
Photo de couverture : Charlotte Payet / Unsplash. Sources : FashionNetwork, WWD, W Magazine, Drapers, The National, Associated Press, AFP, South China Morning Post, Le Petit Journal Milan.
Commentaires